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  • Olivier Mageren

Sexualité début du 20e siècle

Updated: Jun 27, 2018

Interview: Une personne de 90 ans a accepté de partager la manière dont la sexualité était vécue pour une majorité de femmes belges nées au début du 20e siècle. Ce récit est interpellant et instructif. Je vous laisse le découvrir :


Avant-propos : D'après cette personne, le film « la fille du puisatier » illustre très bien la situation à son époque. A noter que le rôle de la religion n'y est pas affiché car c'était une donnée de base évidente. Le peuple était religieux dans ma jeunesse, me dit-elle. Je vous invite à regarder ce film si ce n'est déjà fait.


Je lui demande à quel point ce film est une caricature exagérée de la situation d'antan? Et était-ce pareil en ville qu'à la campagne? C'était pareil en ville et à la campagne. Il n'y a rien d'exagéré dans ce film. La situation était dramatique, particulièrement pour les femmes qui avaient un enfant sans être mariées. Elles étaient expulsées dans des centres par leur famille si elles revenaient avec "un polichinelle dans le tiroir".


Dans ce film, l'homme est "riche" et la femme "pauvre", ça fait un peu cliché, non? Est-ce pour l'effet romance? Non. D'une part, la dynamique était la même dans les milieux moins aisés (entre "pauvres"). D'autre part, beaucoup de filles travaillaient dans des maisons bourgeoises.


La différence de traitement entre l'homme et la femme était dramatique. L'homme était considéré comme la victime de la femme; lui incapable de se refreiner. La femme était la séductrice. Dans les mœurs, c'est elle qui séduisait l'homme. L'unique fautive.



Voici sont récit:


Le vécu de la sexualité pour les femmes de mon époque n’était pas génial car la mentalité, très influencée par la religion, n’accordait, en général, à la femme qu’un rôle de ménagère et de mère. Certaines apportaient un complément financier au ménage en travaillant à l’extérieur mais elles occupaient rarement des situations importantes ; d’ailleurs, les filles, contrairement aux garçons, arrêtaient souvent leurs études après les primaires. Longtemps, l’homme seul disposait d’une liberté sexuelle (et financière), incluant le plaisir et… l’irresponsabilité.


C’est ainsi que les femmes mariées passaient leur jeunesse enceintes ou faisaient des fausses couches. Le lot de celles qui pouvaient se payer un avortement n’était pas plus enviable.


Le plaisir sexuel des femmes célibataires était largement écorné par la hantise d’être enceintes. Car c’était le scandale assuré et rien ne leur était épargné :

  • la médisance des relations et des voisins ;

  • la colère de la famille qui se sentait déshonorée (comme c’est encore le cas dans beaucoup de pays) ;

  • la fille était rejetée de la maison et mise à la rue sans ressources ;

  • si les moyens financiers le permettaient, la malheureuse était obligée de se faire avorter, souvent par une « faiseuse d’anges », au risque de sa vie et dans des conditions sanitaires et d’hygiène déplorables dont le résultat ne présageait rien de bon pour l’avenir de la santé de la femme…

Nombre de médecins refusaient de faire des avortements car c’était interdit par la loi, en

Belgique du moins.


Le père était souvent plus intransigeant que la mère alors que beaucoup n’hésitaient pas à

donner des « coups de canif dans le contrat »… J’ai travaillé avec une jeune fille de 17 ans

dont le père était professeur à l’université et qui ne se cachait pas d’entretenir des relations avec de jeunes étudiantes. Ma collègue est tombée enceinte et a pu se faire avorter, à l’insu de ses parents, par un médecin qui a « chassé » la jeune fille de son cabinet aussitôt après l’avoir avortée, sans se préoccuper de l’état dans lequel elle se trouvait, car il voulait éviter les ennuis si les choses devaient mal se passer… Elle est rentrée à la maison, saignant

abondamment, en proie à de fortes douleurs. Elle m’a confié avoir souffert horriblement et tenu à faire bonne figure pour ne pas devoir avouer à ses parents ce qu’elle venait de subir…


J’ai connu en Angleterre une dame qui appartenait à la génération précédant la mienne. Elle était irlandaise, née dans un château dont son père était le seigneur et portait le titre de baron ; elle était entourée d’une trentaine de serviteurs. Cela donne une idée du niveau social de la dame. A cette époque, l’ignorance de la vie sexuelle d’une femme était totale ; elle était livrée vierge, pure et innocente à son époux qui exerçait son pouvoir de chef de famille sans la concerter ; elle n’avait d’ailleurs aucun droit légal y compris sur ses propres biens.


Malheureusement pour la dame en question, elle a été séduite par son oncle, ambassadeur, et s’est retrouvée enceinte dès sa première expérience amoureuse. Ce fut le tollé général dans un pays dominé par la religion. Tous les loups ont hurlé au déshonneur et celui qui hurlait le plus fort était l’auteur du drame. La dame s’est réfugiée en France pour accoucher, elle a élevé seule son fils et ne s’est jamais mariée. Elle s’est, ensuite, installée en Angleterre où elle a retrouvé une partie de sa famille.


Bien sûr, et heureusement, tous les hommes n’agissaient pas ainsi, ils épousaient la fille et reconnaissaient l’enfant, mais leur « honneur » n’était jamais mis en cause contrairement à la femme considérée comme « facile, pas sérieuse et responsable de sa situation ».

Avant, on ne parlait pas des questions sexuelles ni à la maison, ni à l’école, parfois entre copains. Ma sœur avait douze ans au moment de ses premières règles ; ne sachant ce qui lui arrivait, elle a laissé traîner dans la maison un linge souillé de sang. Mon père a été offusqué de cette négligence et a réprimandé vertement ma sœur comme si elle avait commis un crime de lèse-majesté ! En 1936, elle ignorait encore d’où et comment naissaient les bébés. Et elle n’était pas la seule ! C’était évidemment des proies faciles pour les hommes dépourvus de morale. J’avais trois ans de moins que ma sœur, j’étais plus curieuse qu’elle, mais déjà les choses commençaient à changer. Mes parents m’accordaient entière liberté, mais mon père, qui n’en n’était pas à sa première aventure quoique marié, m’avait signifié qu’en cas de « difficultés » je n’avais qu’à faire ma valise… Un jour, je suis entrée avec un ami dans un restaurant et je me suis trouvée nez à nez avec mon père accompagné d’une maîtresse que ma mère connaissait et qu’elle détestait. Pire, elle tenait en laisse un petit chien que mon père avait amené à la maison et dont ma mère avait dû se séparer. Mon père avait dit qu’il donnerait ce chien à une connaissance et avait juré à ma mère qu’il ne s’agissait pas de la maîtresse en question. Notre rencontre l’a sûrement inquiété car il ignorait comment il serait reçu ce soir-là à la maison si j’avais parlé, ce qui ne fut pas le cas car je ne voulais pas peiner ma mère. Rien ne s’est donc passé, au grand soulagement de mon père, et lui comme moi n’avons jamais reparlé de cette aventure.



C’est après la guerre que les gens ont progressivement parlé plus de la sexualité, mais avec toujours énormément de modération. Pour quelle raison ?



Le grand changement a été l’arrivée de la pilule. Femme libérée, elle pouvait décider elle-même. Et de fil en aiguille, progressivement (épée Damoclès du scandale de revenir avec un enfant) elle acquit une liberté de parole.



Dans de telles conditions, « un bel orgasme » n’a pas dû souvent trouver sa place dans la vie des femmes de mon époque… Nous n’en étions pas plus malheureuses car nous suivions la voie tracée par nos ancêtres depuis des millénaires. La pilule a autorisé le plaisir aux femmes et a bouleversé leur sexualité.




La mère de mon père a eu 20 grossesses (8 fausses couches, 6 enfants morts en bas-âge). C'est-à-dire qu’elle a passé toute sa jeunesse enceinte. Ce n’était pas la joie, la femme risquait toujours d’être enceinte. La femme mariée souhaitait souvent une limitation des grossesses et les femmes célibataires préféraient éviter les scandales et toutes leurs conséquences.


La plupart des femmes avaient toujours peur, avant, pendant et après l’acte sexuel. Peur d'être enceinte.

Plus peur de cela que des maladies sexuellement transmissibles.


Pendant très longtemps, la religion véhiculait l’idée que la femme ne devait pas avoir de plaisir ni de désir.

Avec l'âge, beaucoup de femmes étaient contentes le jour où elles pouvaient avoir la paix grâce à la diminution de désir sexuel de l’homme !


Malgré la diversité et la multitude des relations amoureuses, j’ai constaté bien souvent que l’homme épousait une femme plus jeune. Et quand la femme devenait moins désirable, l’homme cherchait une femme plus jeune pour combler son manque de désirs (et ses capacités d’érection).


La pilule a été une authentique révolution, ça n’a jamais existé pendant les millénaires !

Je n’ai jamais utilisé la pilule, car c’est arrivé après que je sois ménopausée.



L’usage du préservatif ? Beaucoup d’homme (et parfois les femmes) n’aiment pas le préservatif. Ils préféraient ne pas l'utiliser et se retirer. Ce n’était pas une question de prix, mais une question de plaisir, de sensations pour l’homme. Les gens pensaient que même avec un préservatif, il y avait des risques de bébé. Il était donc très peu utilisé, et pas régulièrement. De nombreuses raisons étaient véhiculées pour dire que ce n’était pas nécessaire.



On ne le disait pas, mais beaucoup de pères faisaient l’amour avec leur enfants ; Les gens parlaient des dizaines d’années après (évitant de trahir la famille).



A mon sens, l’Etre humain recherche l’amour pur, être aimé. Et si les partenaires s’aiment de cet amour pur pendant l’acte d’amour, c’est juste parfait.


[Fin de l'interview]


C'est une histoire qui est finalement proche de nous, juste quelques générations avant nous. Cette femme aurait pu être ma grand-mère. La technologie a fait évoluer une situation relativement stable depuis des siècles. Mais à quel point les consciences perçoivent ce changement, d'où l'on vient et où l'on va? Il y a tant de questions qui sont ou peuvent encore être d'actualité. De quoi et comment parle-t-on de sexualité aux jeunes? Rien dire est aussi un message. Comment la femme est-elle respectée à l’heure actuelle?

L'homme n'était jamais inquiété pour les questions de sexe, alors que la femme était accusée très facilement. Et aujourd'hui? L'équité est-elle un fait?

La conscience de la dynamique contextuelle, culturelle, sociétale est tellement enrichissante pour faire des choix quotidien plus éclairés.





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